Alexandre Richer : «L’AFFG m’a beaucoup apporté»

Après avoir été sous le feu des projecteurs pendant plusieurs saisons, Alex Richer a pris du recul avec le footgolf pour privilégier sa vie familiale. L’ancien champion de France et premier Ballon d’Or de l’histoire du footgolf n’en reste pas moins un passionné de notre sport. Parler footgolf avec lui, c’est l’assurance de passer un très bon moment.

On t’a vu une seule fois sur la Footgolf Cup en 2020, mais pas n’importe où : au golf de la Valserine, chez toi. Et tu as joué les premiers rôles avec un duel de folie face à Antonio Balestra lors du deuxième round. Raconte-nous cette bataille de l’intérieur…

Même si je n’avais pas joué de compétitions depuis un long moment, j’avais à cœur de réaliser une belle étape à Gex sur un parcours que je connais bien. Je voulais aussi montrer que j’étais toujours capable de rivaliser avec les meilleurs Français sur une date importante du championnat de France. Le premier round, j’ai joué un tour de coupe de France contre le solide Yannick Beyer. C’est toujours compliqué de jouer sa carte et son match de coupe sur la même partie. Le deuxième jour, nous sommes 6 à égalité à deux coups de Lionel Jacot et quatre coups d’Antonio. Je vois rapidement que les deux leaders ne sont pas dans leur meilleure forme et je me sens bien, alors j’attaque. Antonio revient bien en fin de partie, je fais une erreur au trou 17 et Tonio rentre un eagle de folie au 18 pour remporter le match. Même si ce duel à distance n’a pas tourné en ma faveur, j’ai retrouvé d’excellentes sensations, de l’adrénaline et du plaisir… Tout ce qu’on aime ! Ça m’a donné envie de revivre ça et quelques semaines plus tard, je fais podium à l’open de Suisse. Donc merci Tonio !

Pour tous tes fans et tes admirateurs (et il y en a), peux-tu nous expliquer pourquoi on te voit moins sur le circuit depuis la Coupe du Monde 2018 au Maroc (8 étapes en 2019, 1 étape en 2020) ?

J’ai eu la chance de beaucoup jouer avant 2018 et je me suis éclaté. Aujourd’hui, j’ai ma femme et mes deux petits garçons qui occupent bien mes week-ends et j’en profite le plus possible. Ma vie professionnelle me prend plus de temps qu’avant. J’aime toujours jouer au footgolf même si je ne fais plus autant de compétitions.

Comment vis-tu cette crise sanitaire qui touche le monde entier (vie professionnelle, vie familiale, vie sociale…) ?

Cette crise sanitaire est une période spéciale qui, je l’espère, va rapidement prendre fin. Pour le moment, j’ai la chance de conserver mon emploi et d’être en bonne santé comme mes proches. J’essaie de faire attention et j’ai hâte de pouvoir retrouver une vie sociale normale.

 

Est-ce qu’en 2021, on aura la chance de te voir davantage sur les étapes de la Footgolf Cup ?

Si la situation sanitaire le permet et que je peux me rendre disponible, je ferai plus d’étapes qu’en 2020 avec grand plaisir. Me voir faire une dizaine d’étapes de la Cup dans l’année, c’est impossible. Je ne peux plus jouer un classement général en individuel. J’ai moins de jours de congés et une famille qui s’est agrandie, donc le choix des étapes change. Aujourd’hui, je recherche la facilité avec des étapes « locales » pour rentrer le soir à la maison, et pourquoi pas quelques classiques comme l’open de France !

 

N’as-tu pas envie de revivre toutes les émotions vécues dans le passé : le titre de champion en 2016, l’Open de France la même année, le Ballon d’Or, etc…

2016 a été riche en émotions, succès, voyages, rencontres… Et quand je revois des images, ça me fait toujours quelque chose. Ce sont des périodes de vie. À cette époque, j’avais plus de temps et avec mon club de Gex, on se motivait pour se déplacer en nombre. Même si j’ai remporté de belles étapes et des prizes money important (USA, UK, Suisse, France…), à aucun moment cet argent te fait vivre du Footgolf, mais il te permet de payer tes frais de déplacement, hébergements, jeux. Aujourd’hui, je ne regrette rien, j’ai réussi à jouer et briller en Europe et dans le Monde, tout en ayant un épanouissement professionnel et personnel. En 2020, j’ai pris du plaisir sur les deux étapes que j’ai pu disputer. J’aurai encore l’occasion de vivre de bons moments au footgolf, je ne suis pas si vieux (rires). Et peut-être qu’il y aura la relève dans les années à venir !

 

Après ton formidable parcours au Mondial au Maroc (cinquième en individuel et vainqueur en équipe avec la France), la Coupe du Monde 2021 au Japon, si elle a lieu, pourrait-elle devenir un objectif pour toi ?

Je ne peux pas me projeter sur un Mondial au Japon. Il y a trop d’incertitudes autour de cet évènement et sur ma participation. Il faut que j’arrive à prouver que j’ai encore le niveau pour représenter la France et si c’est le cas, que j’arrive à me libérer autant de jours. Mais un Mondial reste une compétition que je souhaite à tous de pouvoir vivre un jour. J’ai à la fois des regrets et des satisfactions sur le Mondial 2018, même si la finalité reste très positive. Si j’ai la possibilité de rejouer un Mondial, je me préparerai différemment.

  

Ton club de toujours, Gex, a récemment annoncé qu’il ne s’affiliait pas à l’Association Française de Footgolf pour la saison 2021. Que penses-tu de ce choix ?

C’est vraiment dommage, mais c’est un choix du nouveau bureau. Lors de ce vote, j'ai fait part de mon envie de poursuivre notre affiliation exclusive à l'AFFG, mais c'est malheureusement une autre décision qui a été prise. Ce sont plus que des amis, et ça me rend triste qu'ils aient pris une telle décision, qui va à l'encontre des voeux de plusieurs membres du club. J’ai découvert le footgolf en France avec l’AFFG, avec qui nous sommes liés, même si aujourd’hui j’ai un peu disparu de l’actualité Footgolf et que les nouveaux adhérents ne me connaissent pas forcément. L’AFFG m’a beaucoup apporté, et j'ai toujours essayé de bien lui rendre. J’ai pris un peu de distance avec l’actualité Footgolf et de ma position, j’aimerais que tout le monde avance dans le même sens pour que les grands vainqueurs soient le Footgolf français et l’ensemble des pratiquants. Pour ma part, je j'ai pas encore pris de décision concernant mon futur club pour la saison 2021.

 

Est-ce que cela aura un impact sur la suite de ton parcours de footgolfeur ?

Oui forcément. Même si nous jouons un sport individuel, le collectif est très important. Tes partenaires conditionnent ton week-end, te motivent et te donnent envie de participer à plus d’événements. Sans un grand club derrière mois, je n'aurai jamais de trophée supplémentaire, c'est certain. Une page se tourne après une longue histoire avec Gex. Désormais, je regarde vers l'avant pour trouver un nouveau challenge excitant pour les années à venir.

 

À quoi pense Alex Richer au moment de démarrer un parcours de footgolf en compétition ? Faire des birdies ? Gagner ? Kiffer ?

Je fais une compétition avant tout pour passer un agréable moment et retrouver les footgolfeurs. Ensuite, je pense à jouer un footgolf efficace pour gagner. Il y a des jours où ça ne marche pas, heureusement que l’on est 4 ou 5 par squad pour passer le temps.

 

Avant chaque trou, comment te prépares-tu mentalement pour chercher à réaliser le coup parfait ?

J’analyse l’environnement (obstacle, terrain roulant, vent, distances…), mon état, mes partenaires de squad et avec toutes ces informations, je choisis le coup que je veux réaliser. Une partie peut durer quatre ou cinq heures, c’est très long et je n’arrive pas être concentré tout ce temps. Je ne me prépare pas mentalement avant chaque trou, mais que sur les coups importants. J’ai aussi besoin de me vider la tête avec mes partenaires de squad, avec qui j’échange de footgolf ou autre.

 

Quel processus mental mets-tu en place pour rebondir rapidement quand tu viens de concéder un bogey (ou plus) ? Jamais d’agacement ?

Sur 18 trous, je sais que je vais faire des erreurs. Et quand ça arrive, c’est plus facile à digérer quand tu l’as accepté. Quand je sens que ça va moins bien, je me concentre davantage et je joue des coups simples, pas de risques. Je m’agace quand même, je ne suis jamais 100% satisfait. Avec mon expérience, j’ai déjà réussi à sauver des parties sur plusieurs rounds en ayant un jour sans le premier jour. Il faut comprendre que ce n’est pas pour aujourd’hui et perdre le moins de distance possible avec les leaders pour les rattraper le lendemain. Le footgolf va très vite. Quand je gagne l’US Open sur trois rounds, je pense qu’à sept ou huit trous de la fin, j’ai cinq à sept coups de retard sur Jordan Godfrey, qui est champion des États-Unis en titre. Il finira la compétition troisième, il ne fallait pas lâcher et continuer à mettre la pression.

 

Tu parles des partenaires de squad. À quel point peuvent-être importants les échanges que tu as avec eux ou avec les autres joueurs croisés durant le parcours ?

Un bon squad, ça aide à échanger des conseils, s’encourager et passer un bon moment. Quand tu ne t’éclates pas avec ton groupe, la partie peut paraître très longue. En 2016 à l’Open de France, je partage le squad avec Mancino, Jacot, Nico et Karl May. Je dispute la victoire avec Karl, mais il se retrouve seul contre nous et n’a pas pu tenir. Cette victoire, je l’ai aussi remportée grâce à l’aide de mes partenaires du jour qui ont tout fait pour que je gagne. C’était incroyable quand j’y repense !

Tu as également l’habitude des compétitions en double. Selon toi, qu’est-ce qui fait la force d’une bonne doublette ?

Le double, c’est une compétition que j’aime jouer et qui est complètement différente du simple. Deux top joueurs en individuel ne forment pas souvent une bonne doublette. Il faut s’écouter, se compléter, se faire confiance, oser prendre ses responsabilités et avoir du plaisir à être ensemble.

On l’a dit, tu as été moins présent ces derniers temps. Quel est ton regard sur le niveau général du footgolf français ?

Le niveau est excellent. Je ne connais pas tous les championnats étrangers, mais je doute qu’il y ait autant de qualité ailleurs. Beaucoup de parcours agréables et de très bons joueurs. L’AFFG et les clubs ont fait grandir notre sport ces dernières années et j’espère que le développement va continuer et permettre à de plus en plus de nouveaux joueurs de pratiquer le footgolf.

Pour finir, cite-nous les 3 joueurs français qui, selon toi, vont éclabousser de leur talent l’année 2021 de footgolf ?

Antonio Balestra – Simon Rigaud – Damien Dyrdol